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Anton Tchekhov, Sorcière Françoise Darnal-Lesné, Éditions L’Herne, Paris, novembre 2010

Sorcière, Anton Tchekhov - Traduction et annotations de Françoise Darnal-Lesné,  Éditions de L’Herne, Paris, novembre 2010.

Sorcière et Jour de Fête, les deux nouvelles inédites en français, réunies dans ce Carnet relatent les drames du quotidien. Tchekhov montre mais ne dénonce jamais. Il ne cesse de souligner dans son oeuvre l’esprit petit-bourgeois sur fond de Russie éternelle, la trivialité, la corruption, l’ignorance crasse et la déchéance à travers des destins avortés, condamnés à l’usure du temps.
Le lecteur de ces deux drames conjugaux, qui mettent à nu les strates les plus profondes de l’âme humaine, appréciera le style de Tchekhov : sobriété, simplicité et économie de moyens, en même temps que l’un de ses thèmes de prédilection, le temps, qui loin de mûrir les personnages, les défait, les dépossède de leur être et émousse leurs sentiments.






Dictionnaire Tchekhov, Françoise Darnal-Lesné, Éditions L’Harmattan, Paris, juin 2010

Dictionnaire Tchekhov , Éditions L’Harmattan, Paris, juin 2010.

Ce dictionnaire présente Tchekhov, ses contemporains, les milieux ainsi que les mouvements artistiques et politiques de l'époque.
Il étudie les personnages de l'œuvre tchékhovienne (nouvelles, romans, récits, théâtre) en une étude synthétique (carte d'identité, description, fonction...) par ordre alphabétique comprenant des commentaires, ainsi que la présentation des œuvres.











Lettres de voyage, Moscou-Sakhaline-Moscou, Éditions L’Harmattan, Paris, mars 2009

Lettres de voyage, Moscou-Sakhaline-Moscou - Février 1890 / Janvier 1891 - Traduction et postface de Françoise Darnal-Lesné, Éditions L’Harmattan, Paris, mars 2009.

Pourquoi lire les lettres du voyage à Sakhaline, perdues qu'elles sont dans l'immense correspondance échangée par Tchekhov sa vie durant ? Dans ces lettres, reflet d'un voyage refuge, on voit la personnalité de l'homme-personnage Tchekhov évoluer, mûrir, se développer, chercher comme dans un miroir son visage, celui d'un homme qui, à chaque pas, s'éloigne du monde, envoûté par les dangers qu'il côtoie, envahi du sentiment tantôt euphorique, tantôt désespéré de celui qui in fine ne dépend plus que de lui-même.








Les Paysans et autres récits, Éditions L’Harmattan, Paris, septembre 2008

Les Paysans et autres récits, Éditions L’Harmattan, Paris, septembre 2008.

Les récits que Tchekhov consacre au seul monde paysan firent grand bruit lors de leur sortie et furent dénoncés pour leur brutalité, tout autant par les Populistes que par Tolstoï pour qui ils étaient "un péché devant le peuple". La censure tsariste, quant à elle, exigea que les pages ayant trait à la religion soient supprimées sans autre forme de procès.
"Les paysans, Agafia, Dans la combe, Les paysannes, La nouvelle datcha", sont le reflet du quotidien du docteur Tchekhov, confronté à la méchanceté, l'ébriété et la cupidité des paysans de Melikhovo, village sis à une centaine de kilomètres de Moscou où il vécut une dizaine d'années. Un univers de violence noire flotte, sourdement et sans discontinuer, sur ces récits, les assimilant à de la prose noire.
Ces textes sont, néanmoins et contre toute attente, porteurs d'espoir, laissant deviner, quelque part, un coin de ciel bleu annonciateur d'une vérité qui mène à la liberté, car, dans la force irrésistible et omniprésente du mal, naît, malgré tout, la grâce. Ce qui intéresse Tchekhov, et nous rassérène au milieu de tant d'horreurs, c'est l'humanité de ces êtres, qui semblait à jamais perdu et affleure, cependant, au détour d'une page.
Une poétique aussi intéressante ne peut laisser personne indifférent, elle fait de Tchekhov un artiste dont la liberté de ton et d'écriture ouvre une voie littéraire révolutionnaire.



Portraits de femmes, un itinéraire d’ombre et de lumière, Éditions L’Harmattan, Paris, juin 2007

Portraits de femmes, un itinéraire d’ombre et de lumière, Éditions L’Harmattan, Paris, juin 2007.

Tchekhov présente au lecteur, avec constance et détermination, des portraits de femmes qui ne se battent pas au-delà de ce que l’époque historique permet de faire.
Force est de constater qu’il existe également dans son œuvre une représentation de femmes malheureuses d’être dans l’ombre, de subir le chaos de leur vie et de voir la destruction de leurs rêves, et prêtes à souffrir davantage encore pour quitter ce monde et chercher la lumière.
La femme qui choisit cette voie se trouve alors devant l’ampleur de sa liberté et, dans son désir brûlant d’authenticité, elle suit un parcours « révolutionnaire ». D’objet, elle devient sujet de sa vie et parvient à la liberté intérieure et à la connaissance de soi.
Elle passe ainsi de l’ignorance à la connaissance.
Le cheminement de la femme est alors voyage. Il délaisse l’horizontalité pour la verticalité, il est éthique de vie.
Celle qui choisit de sortir de l’ombre possède la difficile science de renoncer et de quitter ce qui pèse. Elle est d’une beauté confondante. Elle est une âme miraculeusement libre.



Oncle Vania, Éditions Bréal, collection Connaissance d’une œuvre, Paris, 2005

Oncle Vania, Éditions Bréal, collection Connaissance d’une œuvre, Paris, 2005.

Ce livre, destiné aux étudiants des classes préparatoires aux concours des grandes écoles scientifiques, se veut guide qui permet d’aborder une œuvre trop souvent qualifiée de morbide et de pessimiste.
Il aborde tout d’abord le contexte historique qui permet de replacer l’auteur au cœur des événements qui bouleversèrent la Russie, puis il donne des informations capitales sur sa vie partagée entre la médecine et la littérature, son amour de l’homme et sa spécificité littéraire.
Il se tourne enfin vers une étude approfondie de la pièce Oncle Vania, analysant les personnages un à un.
Après l’étude de la structure dramatique de la pièce, huis clos bâti sur un modèle « scientifique » de binarité des actions et des personnages, il procède à l’analyse thématique de la recherche du bonheur qu’éprouvent les personnages à travers les motifs du vertige social dans la confrontation du monde ancien et du monde moderne, du travail contre l’oisiveté, de la destruction versus la construction. Il témoigne de l’enfermement psychologique au sein de la famille, la solitude qui règne en maître, et l’amour toujours condamné. Il se tourne ensuite vers la poétique philosophique, qui après la fin des illusions, apporte la connaissance de soi.
Il replace enfin le texte dans le contexte de la critique et de la création théâtrale contemporaine et donne quelques indications des mises en scène, des films ou images animées qui ont trait à Oncle Vania.



La femme chez Tchekhov, LMU, Le Mensuel de l'Université, 1er média interuniversitaire pluridisciplinaire, n° 2, janvier-février 2006.

Quelle est la place et l’image de la femme dans les pièces d’Anton Tchekhov ? Eléments de réponse.
Aucune création artistique ne semble plus « extra-ordinaire » que celle qui entoure la femme dans l’œuvre de Tchekhov.
À l’évidence, ce personnage se résume à l’uniformité grise d’un vêtement. Dans les récits plus encore que dans la dramaturgie, ce gris s’impose et consomme une rupture radicale avec la représentation traditionnelle de la femme, idéal romantique de grâce et de beauté qui a encore cours dans la Russie à la fin du XIXème siècle. À cette uniformisation picturale, correspond un environnement psychologique tout aussi gris, manifestation d’un quotidien où le maître mot est ennui. Les constructions cycliques des textes où la jeune femme s’abandonne au destin normatif d’un mariage sans amour (Volodja le grand et Volodja le petit, Au pays natal, Anna au cou, Jour de fête entre autres), les clausules reprenant mot à mot les incipit, enferment la femme dans un cercle sans commencement ni fin.
Révolte
Contre toute attente, certaines d’entre elles se rebellent. Leur révolte s’assimile au passage d’une frontière et sépare le monde en deux parties : celui du dedans, la maison qui est absence, et du dehors, monde de vérité, de beauté et de liberté dont on rêve. L’itinéraire de la femme dans la poétique de Tchekhov prend alors date dans la littérature russe du XIXème siècle par la « révolution » qu’il accomplit dans un geste d’une violence infinie (Nadja, La Fiancée, Nina, La Mouette, Mašen’ka, Les Paysannes). Tchekhov projette ainsi la femme dans un monde autre, et les textes concernés ont une structure ouverte. Les clausules sont verbes au perfectif, (Raïsa, La sorcière, Natal’ja, Dans la nuit de Noël, Sonja, Oncle Vanja), ou verbes unidirectionnels qui témoignent de ce qu’aucun retour n’est plus ni envisageable ni possible (Nina, La Mouette, Anja, La Cerisaie, Julja, Trois années).
La femme franchit alors une frontière que les analystes allemands dénomment le Ich-Raum et que l’on peut traduire par le Je, elle passe de l’ignorance, "je ne savais pas", à la connaissance, "je sais", (Nina, La Mouette). Son chemin est ascèse et la conduit à la transcendance. Il dépasse le topos, il est aventure, métaphore supérieure de l’existence humaine avec ses rites de passage du non-être à l’être, et induit une modification du statut social, l’arrivée d’un vocabulaire nouveau où vouloir, aimer et vivre se bousculent, où le Je recouvre un espace sans fin. La femme devient une exilée, un oiseau qui ne sait où se poser, et ce n’est pas par inadvertance que Nina se donne trois fois le qualificatif de mouette. En parant la femme du symbole de l’oiseau, Tchekhov lui donne, in fine, la dimension du ciel qui est infinitude.
Dans la poétique de Tchekhov, la femme, silhouette fragile, est une âme miraculeusement libre parce qu’elle s’est libérée. Elle est ainsi un être passionnant, envoûtant, inexplicablement vivant.



L'image de la femme dans l'œuvre de Cexov : un itinéraire poétique, Revue des Etudes Slaves, Paris, LXXVI/4, 2005, pp. 565-570.